Il y a des projets qui naissent d'une passion, et d'autres qui naissent d'une conviction. Celui de Pierre-Antoine et Valentin, les deux têtes pensantes de l'association 078 À l'Allumage, appartient résolument aux deux catégories à la fois. Derrière l'image d'une vieille Renault 4 remise en état dans un atelier, derrière les heures passées à vérifier la carburation, à revisser, à poncer, à tester, il y a une idée qui ne les a jamais vraiment quittés: que s'engager pour les jeunes, c'est s'engager pour l’essentiel.

Le 4L Trophy, pour ceux qui ne le connaissent pas encore, est bien plus qu'un rallye étudiant. C'est chaque année l'un des plus grands raids d'orientation du monde, avec près de 2 400 participants représentant plus de 1 200 établissements et une trentaine de nationalités. Des milliers de jeunes qui traversent le Maroc à bord de Renault 4 d'époque, dans des conditions qui demandent autant d'ingéniosité que de fraternité. Mais ce qui distingue fondamentalement cet événement de la simple compétition automobile, c'est sa vocation humanitaire: chaque équipage transporte dans ses bagages des fournitures scolaires destinées aux enfants des régions reculées du Maroc, dans le cadre du programme Enfants du Désert, dont la mission est précisément de favoriser la scolarisation et de lutter contre l'illettrisme dans des zones que l'école peine encore à atteindre.

C'est là que le projet de l’association prend tout son sens.

L'éducation, une conviction qui précède le rallye

Pour comprendre pourquoi Pierre-Antoine et Valentin ont choisi le 4L Trophy plutôt qu'une autre aventure, il faut remonter un peu en arrière. L'association ne s'est pas construite sur un coup de tête. Elle est le prolongement logique d'un engagement de longue date auprès des jeunes, un engagement que les deux fondateurs ont nourri au fil des années, dans leurs milieux respectifs, bien avant que l'idée d'une 4L et d'un départ pour le désert ne germe dans leurs esprits.

Ce qui les unit, au fond, ce n'est pas seulement l'amour du sport automobile et des voitures anciennes, même si cet amour est réel, profond, et visible dans chacune des photos de la galerie de l'association. Ce qui les unit, c'est la certitude que l'accès à l'éducation n'est pas un privilège, mais un droit fondamental. Que dans un monde où les inégalités s'aggravent, où le décrochage scolaire ronge nos sociétés et où des millions d'enfants grandissent sans jamais tenir un livre entre les mains, rester passif est une forme de complicité.

Le bureau de l'association, et Pierre-Antoine en particulier, a grandi avec cette idée chevillée au corps. Fils d'une famille où l'on croit aux vertus de l'effort et de la transmission, il a très tôt compris que le vrai luxe d'une société n'est pas la richesse matérielle mais la capacité qu'elle offre à chacun de ses membres de devenir ce qu'il souhaite être. Valentin, lui, partage cette vision avec la même intensité, et c'est peut-être pour ça qu'ils se sont retrouvés dans ce projet, comme on se retrouve entre gens qui n'ont pas besoin d'expliquer ce qu'ils font ni pourquoi ils le font, parce que c'est évident.

Enfants du Désert: mettre des livres là où l'école n'arrive pas encore

L'association Enfants du Désert, partenaire historique du 4L Trophy, intervient principalement dans les zones rurales et semi-arides du Maroc, où les infrastructures scolaires manquent cruellement et où les enfants, souvent issus de familles très modestes, n'ont pas accès aux outils les plus élémentaires de l'apprentissage. Cahiers, crayons, manuels, dictionnaires: des objets que nous tenons pour acquis ici, et qui représentent là-bas un véritable capital symbolique et pratique.

Mais le programme va plus loin que la simple distribution de fournitures. Il s'attaque à deux défis liés: la déscolarisation, qui touche encore de nombreux enfants des campagnes marocaines, notamment les filles, et l'illettrisme, qui prive des populations entières de la capacité à lire un contrat, une ordonnance, un bulletin de vote. Derrière chaque fourniture transportée dans le coffre d'une 4L, il y a donc une ambition bien plus large: celle de rendre aux enfants une liberté que seule la maîtrise des mots peut leur donner.

Pour 078 À l'Allumage, participer à ce rallye, c'est s'inscrire dans cette chaîne. Ce n'est pas une action symbolique ni une opération de communication: c'est un acte cohérent avec ce que l'association est.

Association enfants du Désert

Une 4L, un emblème

Il serait réducteur de passer sous silence ce que représente le choix de la Renault 4 dans cette aventure. Ce n'est pas un hasard si Pierre-Antoine et Valentin ont choisi de restaurer ce véhicule-là plutôt qu'un autre. La 4L est une icône du patrimoine automobile français, une voiture du peuple, robuste, sobre, démocratique dans le sens le plus littéral du terme. Elle a traversé les campagnes, les villes, les familles en étant la première voiture de millions de Français. Il y a quelque chose de juste, presque de symbolique, dans le fait d'emmener cet objet-là jusqu'au désert marocain pour y déposer des fournitures scolaires.

La préparation du véhicule est en elle-même un travail d'amour. Remise en état mécanique, fiabilisation, et bien plus encore: rien n'est laissé au hasard. L'association a structuré son budget autour de 20 000 euros, dont la part la plus importante, près de 60 %, est consacrée à l'achat et à la préparation du véhicule. Un choix qui dit quelque chose sur le sérieux de la démarche et sur le refus de bâcler ce qui mérite d'être fait correctement.

Un projet associatif ancré dans le long terme

Ce qui frappe dans la manière dont 078 À l'Allumage présente son projet, c'est l'absence de faste. Pas de promesses démesurées, pas de communication tapageuse. Une démarche honnête, un budget transparent, des formules de partenariat accessibles à tous, du particulier qui donne cinq euros et reçoit un sticker, à l'entreprise qui choisit d'accompagner l'aventure dans sa totalité.

L'association ne cherche pas un sponsor. Elle cherche des partenaires. La nuance est importante. Un sponsor achète une visibilité; un partenaire s'associe à une cause. Et la cause, ici, est clairement posée: elle consiste à croire que la jeunesse mérite qu'on investisse pour elle, que l'éducation n'est pas un coût mais un investissement, et qu'on peut faire quelque chose d'utile et de beau en même temps.

Le 4L Trophy est pensé, dans la vision des deux fondateurs, comme le projet de lancement d'une association qui a vocation à durer. Les 24 Heures du Rallycross constituent un deuxième engagement concret sur la saison, davantage orienté vers la compétition pure et la mise à l'épreuve technique du véhicule. Mais les deux événements participent de la même logique: construire une structure associative crédible, visible et utile, capable d'agréger autour d'elle des énergies, des compétences et des soutiens sur la durée.

Ce que cette aventure dit de notre époque

Il serait facile de voir dans le 4L Trophy une aventure estudiantine parmi d'autres, un rite de passage entre grandes écoles, une parenthèse exotique avant l'entrée dans la vie active. Ce serait passer à côté de ce que des équipages comme celui de Pierre-Antoine et Valentin y mettent réellement.

À une époque où l'on parle beaucoup d'engagement citoyen sans toujours se donner les moyens de le concrétiser, il y a quelque chose de rafraîchissant dans la simplicité de la démarche: deux jeunes gens, une vieille voiture, un désert, et la conviction que glisser quelques manuels scolaires dans des mains d'enfants qui n'en ont pas, vaut bien la peine de passer des nuits en atelier et des semaines à chercher des financements.

L'éducation, disent-ils, est l'enjeu le plus fondamental de notre temps. Plus que les technologies, plus que les marchés, plus que les idéologies, ce qui déterminera la trajectoire du monde dans les décennies à venir, c'est la capacité que nous aurons, collectivement, à transmettre le savoir à ceux qui en sont aujourd'hui privés. C'est peut-être un peu ambitieux comme programme pour deux garçons et une 4L. Mais les grandes choses ont souvent commencé de cette façon.

Bonne route, Pierre-Antoine. Bonne route, Valentin.

Par le rédacteur en chef, Lemerle Raphaël.